L’entrepreneur et l’artiste

Du 4 juillet au 11 octobre, plusieurs œuvres d’art contemporain prendront leurs quartiers d’été aux Prairies du Roy classées Espace Naturel Sensible, entre Beaulieu-lès-Loches et Loches. A l’initiative de cette exposition à ciel ouvert dénommée Beaux Lieux, l’association B2X qui a souhaité associer les entreprises du Sud Touraine à ce projet de tourisme culturel.

Après une première rencontre avec les entreprises adhérentes du réseau Sud Touraine Entreprises, des partenariats sont mis en place pour faciliter le travail des artistes invités à produire leurs œuvres sur le territoire entre mai et juin. Mécénat financier, prêt d’outils ou don de matériaux, les entreprises jouent le jeu et plusieurs d’entre elles vont même jusqu’à accueillir des artistes en résidence dans leurs ateliers plusieurs semaines durant. « L’entreprise devient pour un temps un lieu privilégié de recherche et de production artistique ».  C’est le cas de l’entreprise Vigilec à Loches qui a reçu Loïc Tellier, dessinateur, illustrateur et plasticien installé à Villeloin-Coulangé. Interview croisée entre l’artiste et Yannick Savary, directeur de l’agence SAG Vigilec du Centre à Loches quelques jours avant le transfert de l’œuvre aux Prairies du Roy.

Présentez-nous votre sculpture ?

Loïc Tellier : il s’agit d’un Ichtyosaure de 6 mètres de long ! Il y a 250 millions d'années, les Prairies du Roy étaient recouvertes par la mer, le spectateur va faire un voyage dans le temps et plonger au côté du fameux reptile. C’est une installation à la fois poétique et humoristique, inspirée des bandes dessinées mais en volume.

Quels ont été les échanges entre l’artiste et les 46 salariés de l’entreprise Vigilec le temps de la production de l’œuvre ?

Loïc Tellier : nous nous sommes rencontrés, simplement. Comme je travaille en extérieur, ils me croisent tous les matins, on blague, on s’échange des cigarettes, ils me filent un coup de main… En fait, c’est très simple, il y a une acceptation des uns et des autres, c’est un jeu à plusieurs. Je travaille avec leur matériaux : pour suspendre un bout de ferraille, ils savent comment s’y prendre et moi aussi. On se reconnaît mutuellement même si je ne viens pas de l’industrie. On n’est pas dans un musée et dans de l’art conceptuel, on est dans un art illustratif populaire qui suppose des compétences techniques et de vrais efforts. La lecture se fait tout de suite.


Yannick Savary : On est vraiment sur un art qu’on ne connaît pas. Avec Loïc, on est sur de la matière brute, il y a des structures, on voit que c’est une œuvre qui doit tenir debout, il y a des efforts mécaniques qui rappellent le travail de nos gars. Nos salariés ont vu le démarrage de l’œuvre, toutes ces pièces par terre que l’on met normalement au rebut, on se demandait ce qu’il allait en faire. Quand on voit cette œuvre monumentale de 6 mètre de long au final, forcément, ça valorise le travail artistique.   

Qu’est-ce que vous apporte cette présence artistique au sein de l’entreprise ?

Yannick Savary : c’est une première pour Vigilec et c’est une façon de fidéliser l’ensemble du personnel sur un projet. On a accueilli l’artiste tout au long de la production de son œuvre, c’est nous qui nous occupons de son transfert et de son installation aux Prairies du Roy, nous avons eu une vraie belle relation de proximité. 


"En tant qu’entreprise, nous sommes souvent sollicités en tant que mécène, or, là on nous a proposé d’accueillir un artiste, de lui fournir des matériaux, ça m’a plus tout de suite. C’est une opportunité, l’occasion de rencontrer un univers nouveau. En tant qu’entreprise, c’est aussi une façon de mettre en avant le territoire, de le développer. Si cette exposition d’art contemporain attire des visiteurs, des touristes, cela créera un essor économique qui nous donnera aussi du travail, c’est un cercle vertueux. A nous aussi d’être moteurs de l’activité économique de notre territoire, il ne faut pas que réclamer, il faut savoir aussi proposer !". Yannick Savary.


 

Source : Sud Touraine Active, 19/06/2015